Sauf que les cheveux jaunes ça ne fait pas bien à tout le monde.

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mercredi 7 novembre 2007

Impro: La dictature, c’est ferme ta gueule, la démocratie, c’est cause toujours.

Thème: La dictature, c’est ferme ta gueule, la démocratie, c’est cause toujours


Contraintes:

Ajouter deux lignes de la chanson Paroles de Dalida
Ne jamais utiliser le et
Commencer et terminer par la même phrase

Temps: 24 heures



La dictature, c’est ferme ta gueule, la démocratie, c’est cause toujours

Les discussions de famille chez nous sont toujours très enlevantes. Pendant les fêtes c’est pire que jamais: la famille élargie aime bien boire, puis s’obstiner. À ces moments-là, sans le vouloir, deux clans se forment entre nous. Les pour; les contre. Peu importe le sujet. On reconnait bien qui d’entre-nous feraient d’excellents politiciens. À mon avis, nous pourrions tous en être un, oui je m’inclus là-dedans, nous avons tous une grande gueule. Encore des mots toujours des mots, les mêmes mots, rien que des mots. Parler pour ne rien dire est notre plus grande force. Mon oncle Raoul est celui qui prend continuellement le plancher, mon père ne laisse pas sa place non plus, tandis que moi, je suis loin derrière… avec ma grand-mère. Pauvre grand-maman, ça lui fait mal au cœur de voir ses enfants, ses petits-enfants, ses brus, ses gendres, être en conflit, même si elle sait que c’est du bluff. C’est pire depuis la mort de mon grand-père. Lui, quand il prenait la parole on aurait pu entendre voler une mouche. Mes oncles aiment bien insinuer qu’il était un vrai dictateur. J’aurais bien aimé les voir vivre sous le règne de Franco, ils se rendraient compte que mon grand-père était un doux agneau dans le fond. Si il avait été si autoritaire, je ne crois pas que ma grand-mère l’aurait toughé jusqu’à sa mort. Elle est si gentille, si patiente.

Aujourd’hui, c’est notre party de Noël. Je suis étonnée, notre débat est plutôt sérieux; nos échanges sont intelligents. Je suis déçue, j’aime bien rire un peu. Le sujet du jour : les accommodements raisonnables. Merci, pas pour moi. J’aime mieux être observatrice. Tiens! Tiens! Je vais jouer à la journaliste, à l’observatrice. Je vais noter leurs réactions, puis je leur ferai un beau petit résumé – suivi de commentaires comiques évidemment. Grand papa aurait aimé, je crois. Ça va leur rappeler les fois où je leur présentais des pestacles. Je suis la plus jeune de la famille, j’ai jamais eu d’autres enfants du même âge pour jouer avec moi. Les adultes quant à eux se tannaient toujours vite de mes jeux d’enfant.

Bon! J’ai tout ce qu’il me faut : papier, crayon, j’ai même ma petite enregistreuse vocale. Hi!hi! On va s’amuser. Je l’espère. Ma mère me regarde avec des gros yeux qui veulent dire : J’peux savoir c’que tu fais? Je lui renvoie un sourire malicieux. Elle sait bien que je ne suis pas méchante. Les autres sont tellement pris par le sujet qu’ils ne réalisent même pas que je suis là. Tant mieux! Ma mission sera d’autant plus facile. Quel plaisir j’aurais eu avec une caméra-vidéo! Ça aurait été pas mal moins discret. Ouain! C’est vrai.

Raoul parle haut et fort, il enterre tout le monde. Ce qu’il dit me hérisse les poils. Je prends des notes.

- - Y’était temps enfin qu’on parle de ce sujet-là! Les maudits immigrants, y font même pas l’effort de parler le français quand y’arrivent icitte.

- - On se calme Raoul. Imagine que tu partes vivre au Costa Rica, comme tu dis toujours que tu vas faire à ta retraite. Vas-tu aller te prendre un cours d’espagnol? demande ma mère.

- - Ben certain!

- - Combien de fois t’es allé au Costa Rica dans ta vie? ajoute mon père.

- - Souvent. Pourquoi?

- - Parles-tu espagnol?

- - Non, mais j’vis pas là.

- - Peut-être, mais ça démontre bien que t’es pas prêt à faire l’effort de leur parler en espagnol quand t’es là bas.

- - J’ai pas besoin, le petit village où on va, c’est juste des Français pis des Québécois.

- - Wow! Belle mentalité!

- - Attention à ce que tu dis à ton frère! réplique grand-maman.

Les esprits se réchauffent. J’ai hâte de savoir la suite.

- - Bon, j’avoue que tu as raison pour une chose, il fallait en parler. J’espère juste que c’est pas seulement des tarlas comme toi qui sont allés donner leur point de vue à la Commission Taylor-Bouchard.

- - T’as juste à y aller si t’es pas content.

- - C’est pas bête.

- - T’arrête pas de dire à quel point on est chanceux de vivre dans un beau pays démocratique. Utilise ton droit de parole mon homme.

- - Démocratie, démocratie, mon œil? affirme ma mère. Depuis quand nos dirigeants prennent vraiment en compte ce que la population dit. Oui c’est vrai, on vit pas dans une dictature, mais des fois on dirait que oui. La dictature c’est peut-être : Ferme ta gueule! Ce qui n’est vraiment pas correct, mais la démocratie c’est : Cause toujours! Ce qui ne donne rien de vraiment bon non plus.

- - Exagère pas mon amour, je crois pas que tu aimerais vivre à Cuba?

- - C’est encore drôle chéri. C’est vrai qu’ici on est pas aux States, mais j’te jure qu’entre vivre aux États-Unis pis à Cuba, j’pense que je préfère le deuxième. Pendant la guerre en Irak, la population américaine avait même pas le droit d’être en désaccord avec la décision de Bush, y pouvaient surtout pas l’afficher publiquement, à moins d’avoir le goût de faire de la prison. J’me souviens que pendant un gala Sheryl Crow avait un chandail qui disait : No war! ou quelque chose du genre. Pis ils l’ont obligée à se changer. Je me demande bien qui est-ce qui est le plus un dictateur : Castro ou Bush? En tout cas, moi j’ai ma réponse.

- - Ouain, j’te pensais pas aussi forte en politique ma Christiane, s’exclame mon oncle. Mais j’avoue que ce que tu avances est pas bête pantoute. Ça donne quoi de faire une commission ou de consulter les gens, si on sait que de toute façon on ne les écoutera pas. Par contre, j’pense que ça vaut le coût d’essayer. Ça fait que moi demain, j’regarde où se trouve la Commission, pis j’vas m’inscrire. J’vas y’aller leur dire ce que j’pense des accommodements raisonnables, au cas où y m’écouterait. Si personne y allait pis se fermait la gueule, ça donnerait raison aux dictateurs.

- Ma grand-mère se lève et parle pour la première fois dans le débat.

- - J’vous écoute là, pis ça me donne le goût d’y aller moi aussi!

Comme vous le voyez : les discussions de famille chez nous sont toujours très enlevantes

mardi 23 octobre 2007

Improvisations littéraires

Comme vous l'avez peut-être lu dans mon profil, j'étudie en création littéraire. Dans un de mes cours, je bavarde souvent avec une fille qui fait du théâtre. Elle et ses amies ont eu la brillante idée d'allier improvisation et écriture en faisant de l'impro littéraire. Pour écrire, elles ont un thème, des contraintes d'écriture (nombre de mots ou autre) et de temps. J'étais emballée par l'idée, j'ai donc demandé à cette fille de m'en donner une à faire.

Voici les contraintes que j'avais:
Thèmes: Un et un font deux, mais jamais deux sans trois!
Nombre de mots: 498
Contraintes: que les cinq sens soient dans le texte et qu'il n'y ait aucun Je.
Temps alloué: 24 heures

À vous de constater si j'ai réussi cette impro.

Un et un font deux, mais jamais deux sans trois.

Par un beau matin de mai où le temps était frais et le soleil chauffait la peau, Mathilde se préparait pour le travail. Comme à son habitude, elle prenait le temps de faire ses exercices matinaux et d’écouter le chant des oiseaux. Une bouffée de bonheur. C’était pour des journées comme celle-là qu’elle aimait tant la vie.

Elle commença sont travail en sifflotant. Une bonne odeur de croissant atteignait son nez. Elle l’huma avec plaisir, mais ressenti une petite nausée. Elle en déduisit alors que son estomac vide devait avoir besoin d’un petit-quelque-chose de sucré. À la cafétéria, elle avait du mal à choisir parmi tout ce qui se présentait à sa vue. Un croissant au chocolat et un petit jus d’orange feraient l’affaire.

De retour au bureau, Mathilde dégusta goulument son encas. Tout juste avait-elle fini de l’avaler que déjà son corps le rejetait. Malheur, était-elle malade? Comment une si belle journée pouvait-elle se transformer en cauchemar? Il faut savoir que Mathilde était une jeune femme hypocondriaque. De minimes symptômes devenaient rapidement un cancer ou une maladie au nom indéchiffrable.

Lors d’une discussion avec des copines du bureau, elle comprit qu’elle n’était sans doute pas malade, mais plutôt enceinte. Certains diront que c’est la même chose. Pour Mathilde, c’était surtout inquiétant.

Un plus un font deux, chose que son copain avait encore de la difficulté à comprendre. Il avait un grand besoin d’indépendance. Comment allait-il accepter que deux n’allait jamais sans trois. Catastrophe.

Pendant son retour à la maison, elle s’arrêta à la pharmacie. Pour… vous savez quoi. Choisir une des boîtes lui prit une demi-heure. Ses pensées se bousculaient. Comment lui annoncer la nouvelle? Rester neutre; montrer son angoisse; faire dans l’humour. Il lui semblait qu’aucune de ces façons ne serait la bonne.

Ses mains tremblaient lorsqu’elle entra dans la minuscule salle de bain de son appartement. En arrivant, elle avait été soulagée de constater que son amoureux n’était pas de retour du travail. Un de ses nombreux cinq à sept le retenait sans doute. Le test se révéla positif. Un petit sourire nerveux se glissa sur son visage pâle. La même question revenait sans cesse dans sa tête : comment lui annoncer que sa vie changera à tout jamais?

Mathieu, l’amoureux de Mathilde, arriva tard ce soir-là. Elle était déjà endormie , nue sur le sofa. Il s’approcha, se demandant ce qu’elle faisait encore là, à cette heure, mais surtout pour quelle raison elle était en costume d’Ève. Avait-il oublié leur anniversaire? Non, c’était en février qu’ils s’étaient rencontrés. Mathieu s’approcha délicatement dans le but d’éveiller Mathilde. Il eut la surprise de sa vie lorsqu’il s’aperçut qu’un message était inscrit sur le ventre de sa bien-aimée. Il pouvait y lire : 1+1=3

Son cœur se mit à battre à vive allure lorsqu’il comprit l’énigme. Timidement, il s’approcha de l’oreille de Mathilde et lui murmura : Je t’aime et je suis l’homme le plus heureux du monde.

Mathilde continuerait d’avoir une vie remplie de chants d’oiseaux.